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Venu s’expliquer devant la presse le vendredi 28 octobre 2016 à l’hôtel Marina suite à la découverte d’une quantité de drogue dans l’un de ses conteneurs, Sébastien Ajavon n’est plus retourné chez lui jusqu’à ce jour. De Bénin Marina Hôtel, l’opérateur économique est en garde à vue à la brigade territoriale de gendarmerie où il a déjà passé trois nuits.

Il sonnait 14 heures, environ, le vendredi 28 octobre 2016 quand la plupart des journalistes ont reçu un message les invitant à une conférence de presse de la société Cajaf Comon Sa à Bénin Marina Hôtel à 17heures. Peu avant l’heure, des images de cocaïne entreposée dans un conteneur commencent par faire le tour des réseaux sociaux. Le nom de la société Cajaf Comon est cité. Des journalistes ont tôt fait le lien avec la sortie annoncée des responsables de cette entreprise. Devant la presse à l’heure indiquée, Sébastien Ajavon et ses plus proches collaborateurs s’installent. Le président directeur général de la société Comon aborde le sujet avec une attaque qui montre que l’heure est grave. « Madame et monsieur, merci d’avoir répondu a cet appel. Il parait que quand on entre en politique, il y a des coups qu’on reçoit et c’est quand même étonnant. Vous savez au temps de Yayi, pendant tout le dernier quinquennat, les menaces arrivaient tout le temps, pour dire qu’on allait mettre de la drogue dans mes marchandises. Nous avons été vigilants. Dieu aidant, ils n’ont pas pu atteindre leur objectif. Et ce fut le tour de la Rupture à laquelle nous-mêmes avions participé. .. », lance-t-il d’entrée. Un silence s’installe dans la salle. Il poursuit son exposé et finit comme suit : « En fait, ils ont à faire aujourd’hui au shipper et ça va mal se passer. Ils sont en train de décrédibiliser complètement notre pays. Je souhaite que la lumière soit faite sur ce dossier ».

Il sonnait déjà 18 heures. Un contingent de gendarmes arrive à l’hôtel, on n’a pu suivre les échanges. Mais, l’on sentait que quelque chose n’allait pas. Visiblement, Sébastien Ajavon n’a résisté à rien. Souriant au départ, il change de mine et lance quelques phrases avant d’être conduit à son véhicule personnel. Le cortège se lance vers le port. On ignorait la destination. Environ dix minutes plus tard, il s’est retrouvé à la brigade maritime à Xwlacodji. L’information fait le tour de la ville. Les populations commencent par sortir. La brigade est remplie de foule. Des personnalités se pointent. On a vu Pascal Todjinou de la Cgtb, Dieudonné Lokossou de la Cstb, Mathurin Nago, député et ancien président de l’Assemblée nationale, Cyriaque Domingo, maire de Houéyogbé etc. La brigade étant située dans une localité ayant voté massivement pour Sébastien Ajavon lors de la présidentielle de 2016, elle a été envahie par une marrée humaine. Les populations menacent de réagir s’il n’est pas libéré dans les minutes qui suivent. « Nous allons nous déshabiller ici et maintenant pour réclamer sa libération », lance une jeune dame dans la foule. Elle a été soutenue par une autre plus vieille. Les jeunes ne sont pas arrivés à se maîtriser. Un homme, la cinquantaine arrive sur les lieux et fonce vers le portail de la brigade. Il tape de force et tente de le défoncer. Mais il se voit calmer tout de suite. Juste après, c’est un sit-in improvisé qui commence devant la brigade. Il est 21 heures. Des cris et chants exigeant la libération de Sébastien Ajavon. Des slogans hostiles au président de la République s’échappent. Ça criait d’une part et murmurait de l’autre. Nul ne sait jusqu’où les manifestants voulaient aller.

Finalement, ils réussissent à entrer à l’intérieur de la brigade maritime à travers le grand portail. Les cris et chants se poursuivent. Les gendarmes ont maintenu leur sang froid. Aucune réaction de leur part. La porte du hall de la gendarmerie où se trouvait Ajavon est gardée par un gendarme et un de ses garde du corps personnels. Environ une heure de mouvement spontané dans la cour. Et la porte s’ouvre. Ajavon sort, tout souriant. Des cris favorables à Ajavon ont repris de plus bel avec des mouvements de joie. Mais, cela ne va durer que quelques mi-nutes seulement. « Direction l’Ocertid », lance un homme en uniforme. Sébastien Ajavon est conduit à nouveau vers sa voiture par les gendarmes, bousculés par la foule. Ceux qui ont compris que ce n’était pas encore la fin ont changé de langage. La colère revient. Les cris ont repris avec plus de force. La menace d’insécurité semble gagner les lieux. Les gendarmes sont devenus plus nombreux dans le quartier. En toute sécurité, le cortège dans lequel se trouvait Ajavon a quitté les lieux pour se diriger vers l’Ocertid, sis derrière la direction générale de la Sonacop.

L’Ocertid se désengage, mais coopère

Il est 22 heures. Nous sommes devant le portail de l’Ocertid. La police anti-émeute s’installe et tente de repousser une foule qui s’est montrée têtue. Martin Assogba prend le devant et aide à repousser ladite foule. La police prend le contrôle de la situation et maitrise la foule avec l’arsenal nécessaire. Les mêmes acteurs de la société civile sont encore là, mais visiblement dépassés par la situation. Que va-t-il se passer ? L’heure avance. Ajavon va-t-il rentrer ou dormir dans les locaux de l’office ? De toutes les façons, personne ne voulait croire à ce qu’il va passer la nuit en dehors de sa maison. Ses collaborateurs, amis et parents qui sont sur les lieux rejettent systématiquement cette thèse. Lui-même est gardé dans sa voiture à environ 50 mètres du portail de l’Ocertid qui tarde à s’ouvrir. L’officier de l’armée est assis à ses côtés dans la voiture. Des va-et-vient des gendarmes aux interminables coups de files téléphoniques, en passant par des échanges entre les éléments des deux corps, personne ne maîtrisait la suite. Ajavon, habillé en tenue locale, garde son sourire dans le véhicule. Les gens viennent le voir, parlent avec lui et le rassurent. Dieudonné Lokossou vient à la voiture d’Ajavon et dit : « Président, nous sommes avec toi. Rien ne t’arrivera. De toutes les façons, tu ne dormiras pas ici. Sinon, ils vont nous sentir ». La foule menaçait toujours. Certains sont allés jusqu’à dire que s’il n’est pas libéré jusqu’à minuit, « ça va chauffer ». Mais les gendarmes n’ont pas attendu minuit avant de changer de décision. Ajavon n’a pu entrer à l’Ocertid. Le cortège se retourne et prend la direction de la brigade territoriale de Gbéto, non loin du carrefour des trois banques.

Le ciel tombe sur la tête d’Ajavon

Avant que le cortège n’arrive à la brigade, les lieux étaient déjà encerclés par les forces de l’ordre. La police garde la foule loin et laisse la voiture de Ajavon entrer à l’intérieur. C’est fini. Elle n’est plus ressortie avec son propriétaire jusqu’à ce lundi matin. Les parents ont été autorisés à aller le voir. Il en a été de même pour les acteurs de la société civile, ses avocats et certains acteurs de la poli-tique. Minuit : aucune suite. Mais les journalistes avaient déjà reçu l’information selon laquelle Ajavon va passer sa première nuit à la brigade. Il est deux heures du matin. La foule s’est vue réduite de plus de 2/3, sans répression policière. Les syndicalistes commencent par sortir l’un après l’autre de la brigade. Personne ne voulait parler à la presse, ni à la foule. Les Avocats aussi sortent. La police replie presqu’à moitié. Des amis et collaborateurs de Ajavon venus le soutenir sont certainement fatigués d’attendre debout sans suite. Certains regagnent leurs voitures. D’autres commandent à manger et à boire. A trois heures du matin, au moment où nous quittions les lieux, c’était le calme plat. Ceux qui y étaient n’ont pu résister au sommeil.

Félicien Fangnon/ actubenin

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